En
cette période où les vignerons s’affairent
dans leurs chais, le maître Maurice Jaillet
a réservé aux Oenophiles une dégustation
insolite en goût et saveurs oubliées sur
des vins provenant du Mas des Tourelles
(Gard) vins recréés par un vigneron
passionné Hervé Durand et André Tchernia
chercheur au CNRS selon les recettes
originales de l’époque ( –149 au Ier
siècle de l’ère ordinaire)
Déjà à la fin de la république
romaine (-27) apparaissent les premiers
grands crus de l’Europe occidentale ainsi
que leurs méthodes de vinifications et les
techniques de dégustation précises
(couleur, caractère et temps de
vieillissement)
Les vins romains étaient très
différents des vins actuels, élevés en
jarres ou des dolias mi-enterrées, ils
étaient presque toujours aromatisés.
Etaient ajoutés différents
ingrédients : du plâtre pour
tempérer l’âpreté du vin, de l’argile
pour combattre la mollesse, de la chaux pour
désacidifier, de la résine pour conserver,
du safran pour colorer, du petit lait pour
décolorer, des coings, des rhizomes d’iris,
de l’eau de mer, de la colle, du sang de
porc etc.. (ils sont fous ces romains)
Ils considéraient souvent le vin comme un
remède, une panacée et en buvaient de
grande quantité. Les grands crus étaient
réservés à l’élite politique et
militaire, les vins ordinaires servis dans
les tavernes et les piquettes sévèrement
vinaigrées étaient bues par les soldats et
les esclaves.
« Nuncest
bibendum » ( maintenant il faut
boire) nous avons dégusté :
- Turriculae
élaboré fidèlement d’après
Lucius Columelle, vin dans lequel est
ajouté du fenugrec (légumineuse du
bassin méditerranéen qui donne une
lactone Sotolon que l’on retrouve aussi
dans le vin jaune), de l’eau de mer
réduite, du défrutum. Cépage Villard
blanc
Belle robe étincelante d'un
jaune vieil or aux reflets ambrés
Au nez des arômes de noix vertes, épices,
curry, miel, noix fraîche
Bouche : attaque franche, milieu de
bouche fluide et acidulée, l’acide et
bien enrobé par le moelleux. La noix
domine, belle finesse, goût de vin nature
du Jura.
Finale longue et salée. Vin passionnant et
d’une telle complexité
Servir à 18° avec des poissons gras,
viandes blanches, fromage du Jura, gâteau
aux amandes ou noix
Mulsum d’après texte de
Pline l’ancien, vin rouge indissociable
des fêtes romaines, mariage de vin, miel,
plantes et épices qui se buvait à l’apéritif
considéré comme remède miracle pour
conserver sa jeunesse.
Cépage grenache
Robe rouge grenat, reflets
noirs
Un nez miellé (5%) et beaucoup d’épices ou
plantes : badiane, cannelle, girofle,
arnica, réglisse, quinquina
Bouche : attaque douce, surprenant par
son goût épicé/sucré, milieu de bouche
fluide et astringence, des tanins denses,
fins et asséchants, en rétro le miel
domine mais on note des arômes de cerises
noires, de mûres et d’épices
Servir à 14° à l’apéritif, canard aux
figues, roquefort, gâteau au chocolat
Carenum recette de Palladius, c’est
un vin doux obtenu en faisant fermenter des
raisins très murs avec des plantes, des
coings et defrutum (jus de raisin
concentré) Cépage Villard blanc.
Robe de couleur jaune
ambré, la surface est brillante
Un nez de bonne intensité aux arômes de
vieux cognac, pommes caramélisées, coing,
raisins secs, tabac
Attaque moelleuse, léger acidulé, beau
volume en rétro de la pâte de coing et
fruits confits
Servir à 14° à l’apéritif ou avec foie
gras, roquefort, dessert
Defrutum : ce n’est pas un
vin mais du jus de raisin réduit au tiers
par ébullition et parfumé par des coings
qui baignent dans le jus chauffé
Il était employé en vinification comme en
cuisine pour sucrer, les romains ne
connaissant pas le sucre, ils utilisaient
miel et les jus concentrés
Ces vins furent
accompagnés de biscuits au miel et aux
épices confectionnés par la présidente
d’après un livre de recettes de la
préhistoire au moyen âge
Un beau voyage dans le
passé, merci Maurice